ZimaOS : transformez un ancien PC en NAS et serveur personnel

Lorsqu’on parle de NAS ou de serveur domestique, les noms de TrueNAS, OpenMediaVault, Unraid ou encore CasaOS reviennent régulièrement. Depuis quelque temps, une autre solution commence toutefois à se faire une place dans l’univers du self-hosting : ZimaOS.

Développé par IceWhale, l’équipe également à l’origine de CasaOS et des machines ZimaBoard, ZimaBlade et ZimaCube, ZimaOS cherche à rendre la création d’un serveur personnel beaucoup plus accessible. L’objectif est simple : installer un système sur un PC, connecter quelques disques et disposer rapidement d’un NAS, d’un serveur multimédia et d’une plateforme capable d’héberger de nombreuses applications.

En septembre 2026, ZimaOS est arrivé à la branche 1.7, la documentation officielle indiquant actuellement la version 1.7.1. Le projet a sensiblement évolué au cours des derniers mois, notamment au niveau du stockage et de la gestion des applications.

ZimaOS, qu’est-ce que c’est exactement ?

ZimaOS est un système d’exploitation destiné principalement aux NAS personnels et aux home servers.

Contrairement à CasaOS, qui s’installe au-dessus d’une distribution Linux existante comme Debian ou Ubuntu, ZimaOS est un véritable système d’exploitation que l’on installe directement sur la machine.

IceWhale présente d’ailleurs CasaOS et ZimaOS comme deux solutions complémentaires : CasaOS reste une couche permettant de transformer facilement un Linux existant en serveur d’applications, tandis que ZimaOS est pensé dès le départ comme une plateforme NAS complète. Le développement actif d’IceWhale se concentre désormais largement sur cette dernière.

ZimaOS est basé sur un système Linux construit avec Buildroot et utilise un système de mises à jour OTA. Il fonctionne sur les machines x86-64 disposant d’un démarrage UEFI. Il n’est donc pas réservé au matériel vendu par Zima : un mini-PC, un ancien ordinateur de bureau ou une machine assemblée soi-même peuvent parfaitement servir de base.

C’est probablement l’un de ses intérêts principaux.

Un petit PC inutilisé équipé de quelques disques peut ainsi devenir un serveur personnel relativement complet sans devoir construire manuellement toute une infrastructure Linux.

Une interface pensée pour rester accessible

Le premier contact avec ZimaOS rappelle beaucoup CasaOS.

L’interface web privilégie les éléments visuels, les grandes icônes et une organisation assez simple. L’utilisateur retrouve rapidement l’état de la machine, ses espaces de stockage, ses fichiers et les applications installées.

Cette simplicité vise clairement les utilisateurs qui aimeraient découvrir l’auto-hébergement sans nécessairement maîtriser Docker, Samba ou l’administration Linux.

Mais derrière cette interface relativement conviviale se trouvent désormais des fonctions nettement plus avancées.

ZimaOS peut gérer le partage de fichiers sur le réseau via SMB, plusieurs utilisateurs et leurs permissions, ainsi que différents espaces de stockage. Les dossiers peuvent donc apparaître directement dans l’explorateur de fichiers de Windows ou dans le Finder de macOS.

On peut ainsi commencer très simplement avant d’explorer progressivement les fonctions plus techniques.

Un véritable NAS

C’est probablement ici que ZimaOS se différencie le plus de CasaOS.

Le stockage n’est plus simplement une fonction ajoutée à une distribution Linux : il fait partie du cœur du système.

ZimaOS prend notamment en charge plusieurs configurations RAID, dont RAID 0, RAID 1, RAID 5 et RAID 6. Le système propose également la gestion de ZFS pour ceux qui souhaitent bénéficier de fonctions plus avancées de protection et d’intégrité des données.

Pour une utilisation familiale, deux disques en RAID 1 permettent par exemple de disposer d’une copie miroir des données. Pour des configurations comportant davantage de disques, RAID 5 ou RAID 6 peuvent devenir intéressants.

Il faut cependant rappeler une règle qui vaut pour ZimaOS comme pour n’importe quel NAS : un RAID n’est pas une sauvegarde.

La redondance protège essentiellement contre la panne d’un disque. Elle ne protège pas forcément contre une suppression accidentelle, un ransomware, une panne électrique importante ou la destruction physique de la machine.

Les données réellement importantes doivent donc toujours disposer d’une seconde copie, idéalement sur un autre appareil ou dans un autre emplacement.

ZimaOS permet d’ailleurs de connecter certains services externes comme Google Drive, Dropbox ou OneDrive afin de compléter une stratégie de sauvegarde.

Un serveur d’applications grâce à Docker

ZimaOS ne se limite évidemment pas au stockage.

Son magasin d’applications permet d’installer en quelques clics de nombreux logiciels auto-hébergés fonctionnant dans des conteneurs.

On retrouve notamment des solutions telles que Jellyfin, Plex, Pi-hole, Syncthing ou Paperless, parmi de nombreuses autres possibilités. La branche 1.7 de ZimaOS a d’ailleurs apporté une importante refonte de l’App Store et de la gestion centralisée des applications.

Pour un débutant, il n’est donc pas obligatoire de comprendre immédiatement Docker.

On choisit une application, on l’installe et ZimaOS configure une grande partie de l’environnement nécessaire.

Les utilisateurs plus expérimentés ne sont toutefois pas enfermés dans cette approche simplifiée. Il est possible d’importer directement des fichiers Docker Compose YAML, de modifier les configurations, d’accéder aux logs ou encore d’utiliser un terminal.

Cette double approche est intéressante : ZimaOS peut servir de porte d’entrée dans le monde de l’auto-hébergement tout en laissant suffisamment de possibilités lorsque les besoins deviennent plus avancés.

Créer son propre cloud personnel

Un autre usage intéressant consiste à utiliser ZimaOS comme alternative partielle aux services de stockage dans le cloud.

Photos, documents, vidéos et sauvegardes peuvent rester physiquement sur votre propre matériel.

ZimaOS dispose également d’un système d’accès distant. Selon la documentation d’IceWhale, ZimaClient établit une connexion chiffrée pair-à-pair entre le serveur et l’appareil distant sans nécessiter de configuration manuelle du transfert de ports. IceWhale indique également que le contenu ne transite pas par un serveur intermédiaire de l’entreprise.

L’accès distant peut être désactivé et les utilisateurs qui préfèrent conserver davantage de contrôle peuvent également se tourner vers des solutions telles que Tailscale ou WireGuard, documentées par le projet.

L’idée générale reste particulièrement intéressante dans une démarche de souveraineté numérique : plutôt que de stocker systématiquement ses données chez un fournisseur externe, il devient possible d’en reprendre directement le contrôle.

Et même faire tourner une IA locale

Signe des temps, ZimaOS commence également à intégrer l’IA locale parmi les usages possibles d’un serveur personnel.

La documentation propose désormais des méthodes permettant de transformer la machine en serveur d’inférence compatible avec les API de type OpenAI. Une machine suffisamment puissante, éventuellement équipée d’un GPU, peut donc héberger des modèles de langage directement sur le réseau local.

Ce n’est évidemment pas indispensable pour construire un NAS, mais cela montre l’évolution du concept de serveur domestique.

Une même machine peut aujourd’hui servir simultanément de NAS, serveur multimédia, plateforme Docker, sauvegarde familiale et serveur d’IA locale.

ZimaOS ou CasaOS ?

La proximité entre les deux projets peut prêter à confusion puisqu’ils sont développés par la même équipe.

La différence fondamentale est pourtant assez simple.

Avec CasaOS, on commence généralement par installer une distribution Linux comme Debian ou Ubuntu. CasaOS vient ensuite ajouter une interface simplifiée permettant de gérer les applications et certains services.

Avec ZimaOS, c’est ZimaOS lui-même qui constitue le système d’exploitation.

Cette architecture lui permet de gérer directement le stockage, le RAID, les mises à jour du système ou certains mécanismes de récupération.

CasaOS reste cependant très intéressant lorsqu’on possède déjà un serveur Linux ou lorsqu’on souhaite conserver la maîtrise complète du système sous-jacent. Il peut également être préférable sur certaines machines anciennes : ZimaOS nécessite actuellement un environnement x86-64 avec UEFI, alors qu’un Linux compatible BIOS Legacy peut continuer à accueillir CasaOS.

Les deux solutions ne poursuivent donc pas exactement le même objectif.

ZimaOS est-il réellement open source ?

Pour un site comme Comptoir Open Source, la question mérite d’être posée.

IceWhale présente officiellement ZimaOS comme un système « Simplified, Focused and Open » et héberge publiquement un dépôt ZimaOS sur GitHub. Le projet s’appuie également très largement sur des technologies ouvertes et l’écosystème Docker.

La situation est néanmoins moins claire que pour CasaOS.

Le dépôt principal public de ZimaOS contient notamment les versions publiques, notes de version et divers outils, mais il ne ressemble pas aujourd’hui à un dépôt contenant l’intégralité des sources permettant simplement de reconstruire l’ensemble du système. Une demande publiée sur GitHub en 2025 demandait d’ailleurs explicitement où récupérer le code source complet de ZimaOS, en faisant la comparaison avec CasaOS.

Certaines briques liées à l’écosystème ZimaOS sont bien placées sous licences libres : le dépôt du magasin d’applications, par exemple, est publié sous Apache 2.0. D’autres projets récents d’IceWhale, comme ZimaOS Blue, sont distribués sous licence MIT.

Il paraît donc plus prudent, à ce stade, de parler de plateforme largement construite autour de technologies open source et tournée vers l’auto-hébergement, plutôt que d’affirmer sans nuance que l’intégralité de ZimaOS constitue un système totalement open source au même titre qu’une distribution Debian.

Pour les utilisateurs particulièrement attachés à la possibilité d’auditer et reconstruire l’ensemble de leur système à partir des sources, ce point mérite d’être pris en considération.

Les points forts de ZimaOS

L’intérêt principal de ZimaOS réside finalement dans sa capacité à rendre le self-hosting plus accessible.

Il permet de réunir dans une interface relativement cohérente la gestion des disques, le partage de fichiers, Docker, les sauvegardes et l’accès à distance.

Il peut également redonner une utilité à du matériel existant. Un ancien ordinateur ou un mini-PC accompagné d’un ou plusieurs disques peut devenir un serveur domestique parfaitement exploitable.

La compatibilité avec Docker évite par ailleurs d’être limité au seul magasin d’applications proposé par ZimaOS. Un utilisateur expérimenté pourra déployer ses propres conteneurs et configurations Docker Compose.

Enfin, l’installation sur du matériel x86 standard évite l’obligation d’acquérir un NAS propriétaire.

Quelques limites à connaître

ZimaOS n’est toutefois pas nécessairement la solution idéale pour tout le monde.

Les utilisateurs Linux expérimentés préféreront parfois Debian, Ubuntu Server ou Proxmox, qui offrent beaucoup plus de liberté dans l’organisation du système.

Pour un NAS dont la priorité absolue est la gestion avancée du stockage, TrueNAS ou OpenMediaVault restent également des références particulièrement solides.

L’obligation d’utiliser du matériel x86-64 avec UEFI limite en outre la récupération de très vieux ordinateurs.

Enfin, ZimaOS reste un projet relativement jeune et en développement rapide. Sa branche 1.6 a par exemple apporté plusieurs renforcements de sécurité ainsi qu’un noyau Linux plus récent, tandis que la branche 1.7 a profondément revu la gestion des applications.

Cette évolution rapide est encourageante, mais implique également que la plateforme continue à mûrir.

Une porte d’entrée particulièrement intéressante vers le self-hosting

ZimaOS illustre finalement une tendance que nous suivons avec beaucoup d’intérêt au Comptoir Open Source : l’auto-hébergement devient progressivement accessible à un public beaucoup plus large.

Il y a encore quelques années, transformer un PC en NAS, installer Docker, configurer Samba puis déployer Jellyfin, Pi-hole ou un serveur de fichiers demandait un minimum de connaissances en administration Linux.

Aujourd’hui, des solutions comme ZimaOS permettent d’obtenir un résultat fonctionnel en une fraction du temps.

Et rien n’empêche d’aller ensuite plus loin.

Un petit serveur installé à la maison peut progressivement remplacer une partie des services cloud utilisés quotidiennement : stockage de fichiers, sauvegarde des photos, streaming multimédia, synchronisation entre ordinateurs, gestion documentaire ou même certaines applications basées sur l’intelligence artificielle.

ZimaOS n’est probablement pas destiné à remplacer toutes les distributions serveur ni toutes les solutions NAS existantes. Mais pour quelqu’un qui souhaite découvrir le self-hosting sans commencer immédiatement par plusieurs soirées de configuration Linux, il constitue aujourd’hui une piste particulièrement intéressante.

Et si un ancien mini-PC dort dans un tiroir ou qu’une machine inutilisée prend la poussière dans la cave, voilà peut-être une excellente occasion de lui offrir une seconde vie.