ArtCraft arrive sur Linux : PhotoCraft veut devenir le Photoshop open source que beaucoup attendaient

L’écosystème du logiciel libre vient peut-être de voir apparaître l’un de ses projets les plus intéressants de ces derniers mois.

La suite ArtCraft, parfois présentée comme une collection d’alternatives open source aux grandes applications créatives d’Adobe, est désormais disponible sous Linux avec de véritables versions natives.

Et parmi les différentes applications proposées, une attire particulièrement l’attention : PhotoCraft.

Son objectif est particulièrement ambitieux : proposer une réimplémentation open source de Photoshop, développée entièrement en Rust, avec une interface et une logique de fonctionnement volontairement très proches de celles du logiciel d’Adobe.

Pour les utilisateurs Linux, cette arrivée est intéressante à plusieurs titres.

Pendant longtemps, l’absence de Photoshop a constitué l’un des freins les plus souvent cités lors d’une migration depuis Windows ou macOS. GIMP, Krita ou d’autres logiciels libres sont parfaitement capables de répondre à de nombreux besoins, mais leur interface et leur philosophie restent différentes de celles de Photoshop.

PhotoCraft tente justement une autre approche : réduire au maximum la rupture pour un utilisateur venant d’Adobe Photoshop.

Une véritable suite créative open source

PhotoCraft ne constitue pas un projet isolé. Il fait partie d’une famille d’applications regroupées sous le nom ArtCraft, ou « Crafting Apps ».

L’objectif est clairement identifiable : proposer des applications capables de couvrir progressivement une grande partie des usages associés à Adobe Creative Cloud.

On retrouve notamment PhotoCraft pour la retouche d’images, VectorCraft pour le dessin vectoriel, FilmCraft pour le montage vidéo, LightCraft pour la gestion et le développement photographique, PdfCraft pour les fichiers PDF, EffectCraft pour les effets visuels et DesignCraft pour la mise en page et la publication.

Le projet va même désormais au-delà de l’univers Adobe puisque les développeurs ont commencé à proposer des applications inspirées des principaux outils de Microsoft Office, avec notamment WordCraft, GridCraft et DeckCraft.

Il est encore beaucoup trop tôt pour parler d’un remplacement complet d’Adobe Creative Cloud ou de Microsoft 365, mais l’ambition du projet est pour le moins inhabituelle.

PhotoCraft : un Photoshop open source écrit en Rust

PhotoCraft se présente comme une réimplémentation “clean-room” de Photoshop.

Cela signifie que l’application est réécrite à partir de zéro sans reprendre le code source du logiciel d’Adobe.

Le projet est développé en Rust, un langage moderne particulièrement apprécié pour ses performances et sa sécurité mémoire.

PhotoCraft gère déjà plusieurs concepts essentiels d’un logiciel de retouche avancé : les calques, les masques, les calques de réglage, les styles de calque, le texte, les éléments vectoriels et les brosses. Il est également capable de travailler avec de véritables fichiers PSD.

Mais ce qui surprend probablement le plus au premier lancement est son interface.

Pour un utilisateur habitué à Photoshop, la disposition générale est immédiatement familière.

On retrouve une grande zone de travail centrale, les outils disposés sur le côté, les panneaux de calques et les différents réglages organisés de manière très proche de ce que propose Photoshop.

L’objectif est manifestement de permettre à un utilisateur expérimenté de retrouver rapidement ses repères sans devoir réapprendre complètement son logiciel.

Et sur ce point, PhotoCraft se distingue clairement de nombreuses alternatives existantes.

Pourquoi PhotoCraft peut intéresser particulièrement les utilisateurs Linux

Sous Linux, la retouche photographique dispose déjà de plusieurs excellentes solutions.

GIMP reste évidemment la référence historique pour la manipulation d’images, tandis que Krita est devenu extrêmement performant dans le domaine de l’illustration et de la peinture numérique.

Mais les utilisateurs venant directement de Photoshop rencontrent souvent une difficulté : les habitudes de travail ne sont pas identiques.

Les raccourcis, l’organisation des panneaux et certains concepts sont présentés différemment.

Cela ne signifie pas que GIMP ou Krita sont moins bons. Simplement, ils possèdent leur propre logique.

PhotoCraft prend le problème à l’envers. Plutôt que de demander à l’utilisateur de s’adapter à une nouvelle philosophie, l’application cherche à reproduire autant que possible l’expérience à laquelle les utilisateurs de Photoshop sont déjà habitués.

Pour quelqu’un qui envisage une migration vers Linux mais utilise régulièrement Photoshop, cette approche peut donc devenir particulièrement intéressante.

Linux devient une plateforme de premier plan pour PhotoCraft

L’arrivée de PhotoCraft sur Linux ne ressemble pas à un simple portage expérimental.

Les développeurs proposent plusieurs formats adaptés aux principales distributions.

PhotoCraft est notamment disponible sous forme AppImage, mais aussi en paquets DEB, RPM, Flatpak et archive classique. Des versions existent pour les architectures x86_64 et ARM64.

Cela signifie qu’un utilisateur d’Ubuntu, Debian, Linux Mint, Fedora, openSUSE ou de nombreuses autres distributions peut aujourd’hui installer PhotoCraft sans devoir compiler manuellement l’application.

L’AppImage permet même de lancer directement le logiciel sans véritable installation.

Cette attention portée à Linux est particulièrement appréciable dans un domaine où certaines grandes applications propriétaires continuent encore aujourd’hui d’ignorer totalement la plateforme.

Une application également disponible dans le navigateur

Autre particularité intéressante : PhotoCraft ne se limite pas aux applications natives.

Le moteur peut également être compilé en WebAssembly, permettant ainsi de faire fonctionner l’application directement dans un navigateur moderne.

Cette approche pourrait à terme ouvrir des usages intéressants. Une entreprise ou une organisation pourrait par exemple héberger sa propre version web de PhotoCraft, accessible depuis différentes machines sans installer localement le logiciel.

Cela illustre surtout la philosophie générale du projet : proposer des outils qui restent indépendants d’une plateforme ou d’un fournisseur unique.

PhotoCraft est-il déjà un véritable remplaçant de Photoshop ?

C’est ici qu’il faut tempérer quelque peu l’enthousiasme. L’interface est impressionnante et les fonctionnalités progressent rapidement, mais PhotoCraft reste encore un projet jeune.

Des tests récents montrent notamment certaines limites concernant la prise en charge de formats, la gestion des profils colorimétriques, la précision de certains masques ou encore certaines fonctions avancées utilisées quotidiennement par les professionnels de l’image.

Il serait donc prématuré d’affirmer qu’un photographe professionnel ou un graphiste utilisant intensivement Photoshop peut aujourd’hui supprimer immédiatement son abonnement Adobe et travailler exclusivement avec PhotoCraft.

Le projet n’en est simplement pas encore là. Mais ce n’est probablement pas la question la plus intéressante.

La véritable question est plutôt de savoir à quelle vitesse l’écart peut se réduire. Et sur ce point, PhotoCraft mérite clairement d’être suivi.

Une progression particulièrement rapide

L’un des éléments les plus surprenants autour de la suite ArtCraft est la vitesse de développement.

En quelques semaines, les différentes applications ont connu de nombreuses nouvelles versions et le projet attire rapidement l’attention des médias et des développeurs.

Les versions évoluent encore très rapidement, ce qui confirme que l’ensemble reste en phase de développement intensif. Cela signifie également qu’un test réalisé aujourd’hui peut rapidement devenir obsolète.

Des limitations importantes peuvent disparaître quelques versions plus tard, tandis que de nouvelles fonctions peuvent apparaître à un rythme inhabituel pour un projet de cette ampleur.

C’est probablement l’une des raisons pour lesquelles PhotoCraft est intéressant à observer dès maintenant plutôt que d’attendre qu’il soit parfaitement mature.

Une suite développée avec l’aide de l’intelligence artificielle

Un autre aspect rend ArtCraft particulièrement atypique.

Son développeur, Brandon Thomas, utilise largement des outils d’intelligence artificielle pour accélérer le développement des différentes applications.

Cela explique en partie la vitesse impressionnante avec laquelle plusieurs projets ont pu voir le jour.

Cette méthode soulève évidemment de nombreuses questions sur l’évolution future du développement logiciel.

Un projet qui aurait autrefois nécessité une équipe importante et plusieurs années de travail peut désormais progresser beaucoup plus rapidement grâce aux outils d’assistance au développement.

Mais l’IA ne remplace pas pour autant le travail de validation, les tests, la conception de l’architecture ou la compréhension des besoins des utilisateurs.

Les premiers tests de PhotoCraft et des autres applications montrent d’ailleurs que générer rapidement beaucoup de fonctionnalités ne signifie pas automatiquement atteindre immédiatement la maturité d’un logiciel développé et amélioré depuis plusieurs décennies.

PhotoCraft face à GIMP et Krita

L’arrivée de PhotoCraft ne signifie évidemment pas que GIMP ou Krita deviennent soudainement inutiles.

Bien au contraire. GIMP possède une maturité considérable et bénéficie d’un écosystème développé depuis de nombreuses années.

Krita est devenu une référence dans le domaine du dessin et de la peinture numérique et possède certaines fonctions extrêmement avancées.

PhotoCraft poursuit simplement un objectif différent. Son principal argument n’est pas nécessairement aujourd’hui d’être plus puissant. Son principal argument est d’être familier.

Un utilisateur Photoshop peut ouvrir PhotoCraft et comprendre presque immédiatement la logique générale de l’interface.

Cela peut sembler secondaire, mais dans une migration informatique, la résistance au changement constitue souvent l’un des obstacles les plus importants.

Une application capable de reproduire les habitudes existantes peut donc avoir un impact considérable.

Une nouvelle pièce dans le puzzle de la migration vers Linux

Depuis quelques années, de nombreux obstacles historiques à l’adoption de Linux sur ordinateur disparaissent progressivement.

Les suites bureautiques sont désormais matures, les navigateurs sont identiques à ceux disponibles sous Windows, les outils de communication fonctionnent généralement depuis le web et le jeu vidéo sous Linux a énormément progressé grâce notamment à Proton.

Les logiciels créatifs restent cependant l’un des domaines où Windows et macOS conservent un avantage important.

L’arrivée d’outils comme PhotoCraft ne change pas encore complètement cette situation.

Mais elle montre que le fossé commence peut-être à se réduire.

Si PhotoCraft, VectorCraft, FilmCraft et les autres applications continuent à progresser, l’argument selon lequel « certains logiciels indispensables n’existent tout simplement pas sous Linux » pourrait progressivement devenir moins évident.

Faut-il tester PhotoCraft aujourd’hui ?

Pour un utilisateur curieux de Linux ou passionné d’open source, la réponse est clairement oui.

Pas nécessairement pour remplacer immédiatement Photoshop dans un environnement professionnel, mais pour découvrir un projet qui pourrait devenir important.

Son installation est simple grâce aux différents paquets Linux disponibles, et l’application permet déjà de se faire une bonne idée de la direction prise par le projet.

Pour un utilisateur de Photoshop, le test est d’autant plus intéressant que l’interface lui semblera immédiatement familière.

Il faut simplement garder à l’esprit que certaines fonctions avancées sont encore en développement et que des bugs peuvent subsister.

PhotoCraft pourrait-il réellement changer la donne ?

Il est encore beaucoup trop tôt pour l’affirmer. De nombreux projets prometteurs disparaissent avant d’atteindre une véritable maturité. Et rivaliser avec Photoshop ne consiste pas simplement à reproduire son interface.

Il faut également assurer une excellente gestion des couleurs, supporter une quantité considérable de formats, proposer des outils extrêmement précis, maintenir de bonnes performances sur de gros fichiers et garantir une stabilité suffisante pour un usage professionnel.

Le défi reste donc immense. Mais PhotoCraft possède déjà un avantage rarement rencontré dans ce type de projet : il donne immédiatement l’impression de savoir exactement quel problème il cherche à résoudre.

Il ne cherche pas seulement à proposer un nouvel éditeur d’images open source.

Il cherche à permettre à quelqu’un qui connaît Photoshop de retrouver presque immédiatement son environnement de travail sur Linux. Et c’est peut-être précisément ce qui manquait jusqu’à présent.

Une suite à suivre de très près

ArtCraft reste jeune, imparfait et encore loin de pouvoir remplacer systématiquement les grandes suites propriétaires dans tous les environnements professionnels.

Mais l’apparition simultanée de PhotoCraft, VectorCraft, FilmCraft, LightCraft, PdfCraft et des autres applications montre qu’une nouvelle approche du logiciel open source est peut-être en train d’apparaître.

PhotoCraft est sans doute aujourd’hui l’application la plus spectaculaire de cette famille.

Non pas parce qu’elle aurait déjà dépassé Photoshop. Mais parce qu’elle démontre qu’il devient possible de créer rapidement une application native, multiplateforme, ouverte et suffisamment proche d’un logiciel propriétaire majeur pour rendre la transition beaucoup moins déroutante.

Pour les utilisateurs Linux, c’est une évolution à suivre attentivement. Et pour Adobe, ce n’est probablement pas encore une menace immédiate.

Mais voir apparaître un Photoshop open source fonctionnant nativement sous Linux, Windows et macOS avec une interface pratiquement familière quelques jours après son installation constitue déjà un signal intéressant.

Parfois, les grandes évolutions commencent justement par des projets que personne n’attendait vraiment.